Homélie de mercredi des Cendres

Ecrit par M sur . Publié dans homélie

Mercredi des Cendres à l’abbatiale St Etienne de Caen (13 fév. 2013)


 


Homélie.


            A deux jours de l’entrée en Carême, notre pape Benoît XVI a annoncé qu’il renonçait, vu son âge, à sa trop lourde charge de Pasteur de l’Eglise universelle. Sa décision a surpris tout le monde, mais elle correspond à sa rigueur de pensée. Il y a bientôt huit ans, le 19 avril prochain, malgré son âge, il a accepté d’être souverain pontife dans le seul but de servir l’Eglise et il a accompli un excellent service tout au long de ce pontificat pour lequel nous pouvons rendre grâce à Dieu. Nous nous rappelons qu’un an à peine avant d’être élu pape, notre paroisse a eu la grande joie de l’accueillir, le 5 juin 2004, dans le cadre du 60è anniversaire du débarquement des forces alliées sur les côtes normandes, venues libérer le territoire de l’occupant nazi. Dans une remarquable conférence, le cardinal allemand Joseph Ratzinger, représentant le pape Jean-Paul II, a rappelé l’urgence de la paix dans le monde d’aujourd’hui. Devenu pape, il a assumé sa mission avec une extraordinaire humilité, ne se plaignant jamais du poids de cette charge. Il  aura marqué notre monde par son souci d’articuler correctement foi et raison en même temps que foi et charité. C’est le sens de son dernier message de carême où il exprime le « souhait que nous ravivions notre foi en Jésus-Christ pour entrer dans un parcours d’amour envers le Père et envers chaque frère et sœur que nous rencontrons dans notre vie. »  Ses trois encycliques ont pour thème l’amour de charité. Il aurait certainement voulu aller plus loin dans la réconciliation entre les Eglises. Il a été calomnié dans son action envers l’islam. On reconnaîtra plus tard que son action et sa réflexion auront été d’une très grande cohérence.

            Dans l’attente de l’élection d’un nouveau successeur de Pierre, avec le Saint Père, avec le collège des cardinaux, vivons dans la ferveur le temps liturgique du Carême qui invite à la pénitencec’est-à-dire à la conversion, la nôtre, en même temps que celle de notre communauté paroissiale et celle de tous les hommes pécheurs. Le jeûne, la prière et l’aumône sont les moyens qui nous sont donnés pour cette conversion. Observons ces recommandations non chacun de son côté, mais les uns avec les autres, les uns pour les autres.

      1. Le Carême est un temps de vraie prière avec notre Dieu. «  Revenez à moi de tout votre cœur, » telle est l’invitation que le Seigneur notre Dieu lui-même nous adresse, en ce premier jour du Carême. L’intériorité, le cœur à cœur avec Dieu, voilà ce à quoi nous sommes appelés tout particulièrement au long de ce « temps favorable » qu’est la Sainte Quarantaine (c’est le sens du mot : carême.) Nous devons donc aborder ce temps liturgique non comme quelque chose qui coûte, mais bien plutôt comme une chance à saisirun ressaisissement spirituel. En effet, le culte extérieur, le formalisme ou la routine nous guettent tous : « Ce peuple m’honore des lèvres, dit encore le Seigneur, mais son cœur est loin de moi. » On ne triche pas avec Dieu, qui regarde non pas l’apparence, mais le cœur. Dieu, « ton Père voit ce que tu fais dans le secret. » Le Carême se présente donc comme une démarche de vérité, pour vérifier ce qui est vrai et faux dans notre vie. C’est une opération-vérité à laquelle nous sommes conviés, un retour sur nous-mêmes en même temps qu’un retour à Dieu, une conversion (c’est le sens du mot pénitence), un appel à l’intériorité : « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements. »

            2. Le Carême est un temps de conversion où on se tourne non seulement vers Dieu, mais aussi vers les autres. Concrètement, comment allons-nous vivre ce Carême de l’Année de la foi, année que nous avons voulu missionnaire pour notre paroisse ? Chacune, chacun d’entre nous est appelé, par la grâce de son baptême, à annoncer l’Evangile, la Bonne Nouvelle du Dieu de Jésus-Christ qui aime les hommes et veut les sauver. Ce sont d’abord les personnes de notre entourage que nous sommes appelés à aimer et donc à évangéliser. Cette évangélisation est un long processus qui commence par la prière, l’offrande de soi et l’attention charitable. Chacun est invité à faire la liste des personnes de son entourage proche et, dans la prière, à discerner une ou deux personnes vers qui le Seigneur l’envoie, à prier pour elles et leur conversion en récitant une prière quotidienne ou en priant le chapelet. Chacun est invité à jeûner un repas dans la semaine ou à jeûner d’Internet et de télévision une journée, à être vraiment attentif à ces personnes et à leurs besoins.

            3. Le Carême est un temps de privation en vue de prier et de partager. L’observance du jeûne prescrite par l’Eglise ce Mercredi des Cendresainsi que le Vendredi-Saint donne sa coloration au temps du carême. Se priver volontairement de nourritures terrestres, indispensables au corps, c’est montrer que Dieu peut aussi nourrir de sa Parole et combler pleinement tous les désirs et faims des hommes. Le jeûne, sous toutes ses formes, aide à relativiser les choses d’ici bas pour aller à l’essentiel. Il est d’abord un acte religieux qui met l’homme en dépendance avec son Dieu ; il est une chance à saisir pour réagir contre un souci exagéré de bien-être, du boire et du manger, du confort et de l’argent. En ce sens, il peut aider à faire grandir le désir de l’union à Dieu. Oui, la période du carême invite à la modération, à une abstinence qui ne se limite pas à la nourriture, mais peut aussi s’étendre aux usages excessifs d’Internet, des jeux vidéo ou de la télévision.

            La liturgie du Mercredi des Cendres est essentiellement une liturgie pénitentielle avec un signe de pénitence qui l’accompagne : la réception des cendres sur le front, siège des sentiments. Cette démarche, héritée de la tradition juive que la coutume de l’Eglise a conservée jusqu’à nous, manifeste la condition de l’homme pécheur qui, sans Dieu, est fragile et mortel. « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». Recevoir les cendres, c’est confesser extérieurement sa faute devant Dieu et exprimer sa volonté de conversion intérieure, conduit par l’espoir que le Seigneur sera indulgent à notre égard.

            Comprenons bien que ce carême sera réussi parce qu’il ne sera pas tant le nôtre que celui de Jésus en nous. Offrons-nous à lui et demandons-lui de venir vivre en nous sa miséricorde, sa compassion et sa générosité. Ce sera un carême d’entraînement et non pas de performances, un carême d’union à Jésus, à travers une plus grande application à la prière, une conversion quotidienne pour mieux vivre l’Evangile, et des gestes de pardon et de partage pour établir une vraie fraternité autour de nous.

            Dans l’attente de l’élection du futur pape, que l’Esprit Saint ne cesse pas d’assister l’Eglise en cette période de transition, délicate à vue humaine, mais les chrétiens doivent faire confiance à l’Eglise et à l’Esprit qui en ont l’habitude et savent gérer les situations difficiles.

 

                                                                                              Abbé J.-M. Fromage, curé

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